Cette page publie certains dialogues avec des lecteurs de la revue Science et pseudoscience (rubrique dialogue avec nos lecteurs sur www.pseudo-sciences.org/).

La Fleur de vie

Je viens de passer de très nombreuses heures à chercher une critique de ce qui est appelé la Fleur de vie. Je n’ai trouvé que des centaines de sites vantant ses bienfaits et vendant des produits miracles. La Fleur de vie n’est qu’une figure géométrique qui forme un modèle semblable à une fleur avec une structure hexagonale symétrique.

Et pourtant elle est entourée de croyances présentées souvent comme scientifiques. Je cherche donc des arguments contre ce qui est constamment affirmé tels que  : «  Toutes les formes de vie biologiques, toutes les structures cristallines, toutes les formules mathématiques… Tout ce qui existe, à tous les niveaux d’existence, a été créé par un schéma très simple : cette figure. Elle est aussi à l’origine de la structure de la molécule d’ADN. Elle régénère, rééquilibre, harmonise, dynamise et protège. Elle a une action d’harmonisation vibratoire  ». Je vous remercie pour toute réponse.

J.-P. R.

La Fleur de vie est une figure géométrique composée de cercles égaux superposés de manière à faire apparaître des motifs en forme de fleurs à six pétales. Une décoration qui, semble-t-il, était déjà utilisée dans l’Antiquité. De nos jours, certains la voient comme un symbole sacré décrivant l’espace et le temps. Au risque de vous décevoir, je dois vous avouer que la théorie entourant la Fleur de vie, comme tout autre concept ésotérique (l’aura, la bioénergétique, la bioélectronique, etc.), ne peut pas être combattue avec des arguments scientifiques.

L’argumentation scientifique fonctionne à partir d’affirmations réfutables, qu’elle confirme ou qu’elle infirme. « A engendre B par le mécanisme C » est une affirmation réfutable si l’on définit correctement A, B, C, ainsi que le mécanisme qui les relie, et si ce mécanisme peut être testé. Voilà pourquoi une affirmation du type de celle que vous citez (« la Fleur de vie… régénère, rééquilibre, harmonise, dynamise et protège, elle a une action d’harmonisation vibratoire ») ne peut être scientifiquement critiquée. Il faudrait pouvoir objectiver des termes comme par exemple «  harmonisation vibratoire  », qui sont en réalité vides de sens du point de vue scientifique. On ne peut donc pas construire d’argumentation scientifique pour la critiquer.

La seule attitude constructive à adopter est d’insister sur le fait que les galimatias vantant les prétendues vertus de la Fleur de vie n’ont aucun fondement scientifique et ne sont reliés à aucun corpus de connaissance scientifique, qu’en aucun cas les théories développées ne suivent une démarche réfutable et que donc, elles n’ont pas un statut différent de celui d’un conte de fées…

Sébastien Point

Quand les mutuelles s’emmêlent

Notre journal [Viva], reçu par beaucoup de mutualistes, vient de publier […] un grand article mettant en avant la kinésiologie pourtant dénoncée maintes fois.

J’apprécie beaucoup vos articles concernant et dénonçant les pseudo-médecines. Je remarque que malgré maintes mises en garde et dénonciations, ces « soins », exercés jusque dans les hôpitaux, très lucratifs, sont mis en avant et remboursés par bien des mutuelles (d’où, sans doute leurs coûts élevés, même pour ceux qui n’ont pas choisi d’être remboursés pour des soins placebo ou d’effet nul…).

Marie-Christine D.

[Viva est un magazine qui revendique une diffusion « à 460 000 exemplaires, principalement auprès d’adhérents à des mutuelles de santé ». L’article évoqué par notre lectrice décrit ainsi la pratique promue : « Pour les kinésiologues, le corps a une mémoire, en particulier des événements stressants, et celle-ci peut même se transmettre à travers les générations. Les secrets de famille pourraient donc même venir se nicher au cœur de nos muscles les plus profonds ? C’est certain, estiment les kinésiologues. En bref, ce que la psychanalyse est pour le mental, la kinésiologie pourrait bien l’être pour le corps ».]

SPS Effectivement, les thérapies dites douces font leur entrée à l’hôpital et sont remboursées par un nombre semble-t-il croissant de mutuelles. Certaines en font même un argument marketing pour se démarquer de la concurrence. Comme vous avez pu le lire dans la rubrique « Sornettes sur Internet » du numéro 323 de Science et pseudo-sciences, consacrée à la thérapie cranio-sacrée (qui est une discipline proche de la kinésiologie), ce phénomène prend une ampleur inquiétante puisque, d’après la Miviludes, 40 % des français – dont de nombreux malades du cancer – y ont recours. Les dérives sectaires associées à ces fausses thérapies représentent ainsi un quart des 2 000 signalements reçus en moyenne tous les ans. Le fait que ces pratiques soient remboursées peut légitimement interroger car cela pose une question importante : comment justifier que des mutuelles remboursent de fausses thérapies qui peuvent écarter les malades d’un parcours de soin efficace et provoquer ainsi une aggravation potentiellement irréversible de leur affection ?

Sébastien Point

Du rôle de Science et pseudo-sciences

Lecteur régulier de votre revue, j’ai trouvé le dernier numéro particulièrement riche et il m’incite à vous faire part des quelques réflexions suivantes. La revue n’est pas une revue scientifique. Je veux dire par là que son public n’est pas exclusivement composé de scientifiques et que ses articles ne sont pas assimilables à des communications scientifiques. Pourtant certains des rédacteurs écrivent comme s’ils s’adressaient à des scientifiques et limitent donc, du moins en apparence, tout leur argumentaire à exposer pourquoi telle ou telle théorie est scientifiquement acceptable ou doit être rejetée […].

Concernant les OGM, vous vous appuyez sur les études scientifiques pour répéter leur innocuité pour la santé humaine… Et vous en restez là. Pour beaucoup cela apparaît comme une justification de l’emploi des OGM. Or […] c’est juste la démonstration que l’un des arguments des « anti-OGM » est faux. Mais bien d’autres arguments peuvent justifier que l’on s’oppose à leur utilisation en matière agricole […]. Nous avons besoin d’arguments scientifiques irréfutables mais nous devons ne jamais oublier qu’à côté de la démarche scientifique, il y a la place pour les débats en particuliers sociétaux. L’oublier, me semble-t-il, c’est amoindrir l’effet des arguments scientifiques.

Jean-Pierre G.

SPS Nous partageons votre première remarque : un certain nombre de nos articles sont encore d’un accès parfois un peu difficile. Mais notre objectif est bien de nous adresser à tout public, en ne supposant aucune connaissance scientifique préalable. Et nous partageons également votre second commentaire : la connaissance scientifique est loin d’épuiser les questions au centre des controverses, objets de décision. Notre volonté d’objectivité, concrétisée par la séparation appelée de nos vœux entre l’expertise scientifique (ce que dit la science) et la décision (que la science ne dicte pas) nous fait parfois apparaître comme les promoteurs d’une technologie par le simple fait que nous ne la décrions pas de manière aveugle… Mais dans un contexte médiatique où le scepticisme fait défaut et les discours sont parfois inlassablement répétés sans esprit critique, nos analyses peuvent apparaître à contre-courant de la « pensée facile » et donner le sentiment que la revue cherche à déployer des arguments complexes pour défendre, par exemple, la technologie OGM, les compteurs communicants ou encore l’énergie nucléaire... Cela vient probablement en partie du fait que nous évoluons dans un monde où le relatif est roi et dans lequel chacun est sommé en permanence de prendre position. Ce phénomène est probablement à rapprocher de ce que Jones et Davis, dans leur théorie de l’inférence correspondante, nomment la désirabilité sociale d’une attitude ou d’une action : moins les attitudes d’un sujet correspondent à une norme culturelle, plus les observateurs ont tendance à attribuer ces attitudes à des dispositions particulières du sujet, qui seraient, dans notre cas, une volonté de défendre les technologies médiatiquement décriées.

Sébastien Point